Macrotwitting
De la conséquence IRL de nos comportements IVL, ou le Grenelle(*) du mot doux.

Je ne suis pas douce. Au sens sucrée, mielleuse, collante, poisseuse.
Dans la vie réelle je veux dire. Plutôt avare de petit mots tout en bisounourserie.
Les « mon chéri », ça me fait penser à des chocolats, et « mon cœur », c’est juste la pompe entre mes côtes. Anais like tu vois. Mais moi je n’ai rien contre les couples en général, et libre à ceux qui veulent de se sussurrer des niaiseries mièvreries mots adorables.
Je ne vais pas dire ça ne m’est jamais arrivé (on n’est pas à l’abri), ni que j’ai toujours détesté quand on me l’a dit, mais je crois que je décourage sans le vouloir ce genre de choses.
Bref, je ne suis pas ce genre de fille.
Mais ce n’est pas le sujet.

 

Dans mes relations IVL (certaines) au contraire, j’aime ces mots d’affection.
Sans doute ma manière à l’écrit d’exprimer ce sourire que je t’aurais adressé, ce regard que je t’aurais glissé, ou ce geste -très approprié-, si tu avais été en face de moi. Sans doute pour créer l’intimité que le clavier peine parfois à traduire.
Montrer que je tiens à toi, que je ne connais pas vraiment mais qui fais partie de ma vie, ou juste parfois adoucir une critique.
Ça peut être charmeur, ironique, amical ou provocateur, en tout cas c’est naturel. Comme l’est mon plaisir de les lire.
Bref, je suis ce genre de fille.
Mais ce n’est pas le sujet.

 

J’étais l’autre jour en train de marcher ET de lire ma timeline Twitter sur mon téléphone ET j’allais répondre en moins de 140 caractères dont 5 occupés par le « chéri » qui va bien. Le téléphone (celui sur lesquels mes doigts s’activaient) sonne (le bougre). Mon boss. Ledit téléphone étant un « outil professionnel », jusque là tout va bien. Il me parle de truc de boulot (normal hein), enchaine sur une joke (toujours normal) et me dit « bye, bonne aprem » (rien à dire).

Ce à quoi je réponds : « bye darling ».

DARLING.

 

Voilà, c’est le sujet.

 

Depuis je me suis coupée de toute vie sociale, je n’ai plus remis un pied au bureau, je vis cloitrée sous ma couette, mes chats dépérissent. J’envisage le couvent, ou la province.

J’autruchise. J’attends le Grenelle.

@imnotalone

(*) Comme tu me connais, tu sais que je suis en train de me frotter sur un mur en crépis.

 

Amis pour la vie.

Je ne me souviens pas de mes copains de quand j’étais petite, tu vois, genre primaire ou collège/lycée, ni même de mes BFF ou de mes amoureux.

J’ai beau me concentrer et rassembler tous les neurones (oui, les 2), au mieux je retrouve un prénom qui raisonne comme vaguement familier, parfois un nom/prénom, mais là faut que ce soit quelqu’un avec qui j’ai couché. [Non j’déconne, vas pas te faire des idées lubriques sur un passé de dépravée précoce]. Bon, disons, que ça m’arrive de me rappeler d’une fille ou d’un gars un peu mieux, sûrement parce qu’on a passé PLUSIEURS années à se voir TOUS les jours.

Bref, voilà, c’est un constat. Ces gens qui ont pourtant marqué mon enfance, avec qui j’ai joué, ri et pleuré, que j’ai aimés ou détestés, je les ai oubliés.

Sur certaines photos de classe je maudis la gosse que j’étais qui n’a pas trouvé le temps de prendre 5 minutes de son précieux temps -trop occupée qu’elle était à aller s’acheter un jean neige pour faire une choré sur du Julie Pietri et en parler des heures avec LE téléphone de la maison et ses parents qui râlaient pour la facture-  pour noter tous les noms dans les petits ronds représentants les têtes souriantes et niaises de ses congénères qui ont l’air tout droit sortis d’une série allemande (oui d’ailleurs pourquoi les fringues et les couleurs après quelques années, et quelques passages de modes, ont l’air d’être allemands ? un gène national du has been?).

Parce que parfois, les cases remplies, ça aiderait bien. Mais non, rien de rien, pas un nom, juste des ronds tout vides, qui semblent se moquer de moi aujourd’hui.

Oh oui, vous allez me dire (le toi là bas surtout qui se reconnaitra) que c’est juste moi qui suis Alzheimer avant l’âge (car, non, je n’ai PAS l’âge de ma sénilité, encore), et que vous, vous savez (de toutes façons, c’est normal, vous êtes DANS l’INTERNET, donc VOUS SAVEZ).

Je suis sûre que certains se souviennent même du nom du vieux prof d’histoire qui laissait tout le monde pomper pendant les DS, et de celui de l’instit psycho-rigide qui demandait qu’on attende qu’elle ait tapé dans ses mains avant de s’assoir à sa place, et de la super prof de maths qui vous a décidé d’en faire plein, du coup, des maths.

Oui, il y en a des comme vous. Mais il y en a des comme moi aussi. Si si, je t’assure, lecteur de la 1ère catégorie et je te rassure, lecteur de la 2ème.

Donc voilà, imagine-toi à 12 ans, avec ta meilleure-amie-pour-la-vie-que-jamais-on-se-sépararera-comme-une-chanson-de-Lalane, celle avec qui tu as fait un pacte de sang en te piquant le bout du doigt avec une aiguille. Là, ta copine, elle déménage, BIM, juste avant de rentrer en 4ème. Tu es larmes et déchirement, mais c’est pas grave, parce qu’on va s’écrire, oui, tous les jours, et de toutes façons quand on sera grande on habitera dans le même immeuble. Sauf que voilà, l’été arrive, t’envoies quelques cartes postales de tes vacances avec des ‘tu me manques’ ‘c’est trop nul’ (ah, non, c’est vrai, on ne disait pas trop dans toutes les phrases à l’époque) et des petits cœurs partout, et puis la rentrée, et puis, et puis, c’est pas super simple d’écrire si souvent, il faut prendre un stylo et trouver un timbre, et puis et puis, en fait, Sophie qui était en 5eme 2 et ben, elle est vraiment sympa, ouais même que ses parents ils ont un Betamax.

Donc voilà, tu te retrouves avec 2 BFF dont une à l’avantage énorme d’être sur place et puis l’autre, l’inconvénient de pas l’être (ah la la, ce sens de la logique implacable, je dois tout à ma prof de maths de 3eme, tout). Et au final, celle qui n’est pas là perd, parce que c’est plus facile comme ça. Et hop, tu la perds de vue. Et puis toi aussi tu déménages un jour, et dans le bazar, tu égares son adresse. Fin de l’histoire.

Quelques années plus tard, à ton bureau, un instant d’ennui, tu te demandes ce qu’elle est devenue. Tu la googleise. Mais elle a des homonymes. Du coup, tu ne sais pas. Le téléphone sonne, ton boss, le dossier machin, urgent toussa (ben oui t’es au bureau j’ai dit), et tu passes à autre chose.

Tout ceci est bien entendu transposable à la recherche des ex, activité de stalking nuisant gravement à la productivité. (Et ne fais pas comme si tu ne l’avais jamais, tu n’es pas crédible)

Voilà, tout ça, c’était avant.

Parce qu’aujourd’hui, dès ta plus tendre enfance, tu es sur Facebook. Et tes potes (et toute une population de kikoolol qui like comme toi des fan pages trop super, joue à des jeux trop chouettes et répond à des tests trop géniaux) sont tous connectés et reliés.

Alors tes copains ils ne disparaissent pas quand tu changes de bahut, tu les as avec toi chevillés à ton réseau, que tu le veuilles ou non. Les Manon, les Zoé, les Kevin et les Arthur, tu sauras quand ils rencontrent l’âme soeur et quand ‘it’s complicated’. Tu ne manqueras aucun statut captivant sur la météo du jour, ni aucun anniversaire que tu fêteras, docilement. Tu verras les échographies de leurs gosses et leurs photos de vacances. Tu réaliseras qu’ils écoutent de la musique que tu n’aimes pas, et postent des liens sécuritaires. Tu connaitras le nom de leurs chats et de leurs boss.

Allez, avoue, ça te fait rêver.

Mon petit, pour répondre à la question, non, de guerre lasse tu ne fermeras pas ton compte, même si parfois tu en auras envie, parce que sans IVL, sans ce lien, tu n’es rien, non, tu n’unfriendras pas non plus, parce que ça se fait pas.
Tu assumeras ces amitiés datées, envers et contre tout. C’est vrai gamin, il reste une chance pour que Facebook meure avant toi, mais l’hyperconnexion, n’y compte pas.
Pas pour rien que le net s’appelle la toile, et ce n’est pas toi l’araignée.

 

Et le droit à l’oubli dans tout ça ?  


@imnotalone

I.R.L.

Ça ne vous fait pas penser à IRM ?

En fait, “LA” rencontre IRL, après tous ces échanges IVL en guise de consultation chez le généraliste –et un tour chez le spécialiste en passant sur MSN et Cie- , c’est à peu près pareil, non ?
Le moment de vérité qui permet de confirmer le diagnostic.

Sauf que, si j’en crois Charlotte (et Wikipedia), IRM c’est Take a picture what’s inside et qu’IRL c’est exactement l’inverse. L’intérieur, on l’a déjà vu.

Les personnes que j’ai rencontrées en chair et en os, IRL donc, étaient en effet assez proches de l’idée que je m’en faisais. Très proches en fait. Fidèles même.

Je mets de coté parfois un –léger- décalage physique (surtout lié à l’image que j’avais dessinée de la personne, parce que fondamentalement, la personne, elle n’y est pour rien si je la voyais plus petite/vieille/mince/poilue/…).
Ca n’a vraiment aucune importance.

IRL on s’est tout de suite retrouvé dans une relation de proximité. Je ne les découvrais pas, et j’imagine que c’était la même chose pour eux. On se connaissait déjà. Du coup, les rencontres IRL sont juste dans l’échange et le plaisir. Simple.

Que les esprits lubriques s’apaisent, les mots proximité, rencontre, échange et plaisir rassemblés ne signifient pas plus que ce que j’ai écrit.

On pourrait résumer ça par « passer un bon moment avec des potes ». Dit autrement, si le courant passe entre les tweets, globalement il passe entre les mojitos (ou les sushis, ou les cafés, ou les clopes, toutes autres choses tangibles que l’on partage IRL, m’enfin, surtout les mojitos quand même…)

J’en conclus que la manière de tweeter est un bon, un excellent, révélateur de la personnalité. Pas de mauvaise surprise.

Les rencontres IRL permettent d’ajouter l’emballage, mettre le gros nœud autour du paquet, quand on sait qu’on aime déjà le cadeau. Un présent rétroactif.

Alors quand on me demande « Mais qui est sur twitter ? » (en général, ça vient juste après « c’est quoi twitter ? » et juste avant « tu fais quoi sur twitter ?»), je réponds : des gens, des vrais gens, toi (ah non c’est vrai, pas toi), ton voisin de pallier, ton collègue de bureau, ta tante et moi.

Bon, évidemment, certains (oui, vous vous reconnaissez) me diront que je suis un peu naïve. Que le web regorge de fake, de psychopathes et autre mytho.

Une photo empruntée, un myspaceangle, un profil détourné… certes. And so what ? on embellit un peu la réalité de temps en temps et on se montre sous son meilleur jour, c’est humain, y’a pas mort d’homme. Ou alors on ne dit pas tout et on protège sa vie privée, et ce n’est pas moi qui jetterais la pierre ;-)

Ca peut être pire me direz vous ? De nouveau, derrière les tweets et les pseudos, ce sont des vrais gens, donc dans le lot, forcément, on va bien réussir à dénicher quelques tordus, quelques vendus et autres parasites.
Oui, mais j’ai tendance à croire que sur Twitter, le flacon Ilford 2.0, on s’en rend assez vite compte. Et on fait le tri. En bon paysans du web, on sépare le bon grain de l’ivraie.

Au final, c’est une cours de récré, une entreprise, un club de vacances… comme à chaque fois que des gens interagissent, des affinités se créent, des liens se tissent, des communautés d’intérêts se dessinent, des solidarités émergent.
Si on excepte le fait qu’on est par définition tous du même coté de la fracture numérique ou digitale selon les expressions consacrées, c’est un lieu de brassage de genres. Et j’aime les mélanges.

Tu es étudiant, directeur, chômeur, forçat, de gauche, de droite, conservateur, anarchiste, tu es d’ailleurs, tu es athée, tu es croyant, tu aimes des musiques que je n’écouterais même pas dans mon ascenseur, tu regardes les mêmes séries que moi, tu n’as pas de tv, tu pourrais être mon fils, tu pourrais être mon père, tu n’arrives pas à boucler tes fins de mois, tu claques deux fois ma paye dans des trucs de geeks, tu es drôle, tu es déprimé, tu es cynique, tu es doué, tu es un boulet, tu es critique, tu es beau, ou pas, tu es artiste, avocat, graphiste, politique, journaliste, tu vends des produits de beauté, tu les essaies, tu es matinal, tu es insomniaque, tu aimes ta boite, tu la conchies, tu es poli, tu es agressif, tu es charmeur, tu es chagrin, tu es discret, tu es contestataire, tu livetwittes, tu floodes, tu revendiques, tu plussois, …

Tu es tout ça, tu es ma timeline et je ne n’avais –sur le papier- aucune chance de te rencontrer (et pour ceux qui se demandent, oui, j’ai un exemple pour chacun des cas, mais c’est pas mon genre de dénoncer).  

Voilà, c’était un billet pour ne rien dire, si ce n’est -parce qu’on est encore en janvier et que j’ai donc encore le droit (si, si)- souhaiter une excellente année à tous ceux que j’ai découverts grâce à Twitter. Vous êtes chouettes et je suis contente d’avoir fait votre connaissance, IRL pour certains (et j’espère bientôt pour d’autres…).

Continuez à m’informer, me faire rire et réfléchir. Continuez à tweeter, je continuerai à vous lire.

J’ai lu il y a peu que « Twitter » était le mot de l’année 2009. J’adhère. Evidemment, ça n’a pas changé ma vie, déjà bien remplie par ailleurs, et ce n’est pas ce que j’en attendais. Ca l’a juste rendue plus riche. IVL et IRL.

What else ?

@imnotalone