Drôle d’idée que celle d’exhumer des mots.
J’ai retrouvé ce texte dans un vieil agenda. Daté du 6 septembre, mais pas d’année (j’ai failli commencé la phrase par “hier”, mais c’est copyrighté .clic. !).
J’étais jeune. Ado sûrement. C’était du temps où l’on écrivait, avec un stylo, sur une feuille. Un truc de dingue que les moins de 20 ans…
Bref, en ces temps lointains, ça ne devait pas aller fort, en tout cas pendant les quelques minutes qu’il avait du me falloir pour coucher ces lignes. Je ne saurai jamais qu’elle en était la cause.
Sentiment partagé en redécouvrant cet instantané de la personne que je fus. Spectatrice de cette détresse passagère que je ne comprends plus. Lecteur incrédule, troublé par l’image sombre que renvoient des mots qui se heurtent aux souvenirs d’une enfance si sereine. La mémoire est bien sélective ma foi.
Je me dis que cette gosse, si elle vivait aujourd’hui, aurait peut être partagé sa peine d’un jour avec ses friends et ses followers. Un statut ou 140 caractères auraient sans doute suffit. Les réseaux sociaux, exutoires. Des messages amicaux l’auraient sans doute soulagée. En tout cas, vous connaissant (!), quelques liens bien sentis l’auraient détournée de sa mélancolie. Les réseaux sociaux, solidaires. Mais ses mots sont restés silencieux.
Alors j’ai eu envie de les (ré)écrire, là, maintenant. Sans en changer une virgule. Garder les maladresses, ne pas réinventer.
Une forme d’hommage peut être, de respect. Ou le moyen de lui dire, avec le recul, que, oui, ça va aller. Extrapoler et vous dire à vous aussi, vous que les temps malmènent, que ça ira mieux, forcément ? Non, on va éviter le coté pastoral…
Voilà, ce billet, c’est juste ma manière de saluer depuis ma vie sans faille la gamine abimée que je ne reconnais pas. C’est un peu de plâtre sur des plaies oubliées. Une piqure de souvenir aussi, pour panser les fissures, à venir.
Allez, à toi ma grande.
C’est un jour comme les autres,
Comme les autres,
Triste et sombre,
Triste et froid,
Le ciel éclate sous le soleil.
Aucun rayon ne me touche.
Je ne sens pas la lumière,
Je ne vois pas la chaleur.
L’astre au loin ravive ceux qui le regardent,
Je regarde mes pieds, le sol, bas,
Espérant tomber.
Accueille moi terre humide !
Offre-moi ton silence, ta quiétude,
Tes jours sans lendemain.
Je veux me reposer en ton sein.
Profiter de ta solitude.
Oublier jusqu’à l’instant.
N’être plus présent.
Laissez-moi m’ensevelir,
Sous la glaise, sous la pierre,
Bien sèche racine,
Je renaitrai peut être
Pour un autre avenir.
Ou laissez-moi pourrir.
Je ne veux pas de choix.
Dieux, la vie, décideront pour moi.
Au milieu des cailloux,
Piétinée par vos pas,
Ici et pour toujours,
Je ne me plaindrai pas,
Je suis faite pour ça.
On se quitte en musique?

